L'Exectuteur défie l'empire du Kung-Fu
Attention : les acteurs présents sur la jaquette sont vendus
séparément
Durée : environ 90 minutes (ils n’en sont même pas
certains !)
Année : 1982
Tronçonné par Godfrey Ho
Avec entre autres : Wong Chen Lee et Jim Norris
Godfrey Ho est un réalisateur ayant tendance à monter
ses films de façon assez spéciale. Filmant d’un
côté des acteurs du coin aguerris aux arts martiaux, de
l’autre des acteurs occidentaux reconvertis ou s’étant
échoués sur les rivages de Hong Kong, et
répartissant les scènes obtenues dans un ou plusieurs
métrages, voir son nom sur un coffret sera
considéré par la majorité des gens comme un
avertissement – Danger film radioactif -, et pour de rares
autres
comme la promesse d’un divertissement de qualité. Pis bon, un
DVD de Godfrey Ho dans le bac du vendeur, ça n’arrive pas tous
les jours (quoi que si je ne l’avais pas acheté, il y serait
sans doute encore), alors autant en profiter.
Une réalisation d’enfer
Le scénario est très facile à comprendre. Vous
prenez une grande ville en Asie, ajoutez deux gangs qui se tabassent
régulièrement pour décider lequel est le plus
puissant et qui joueront les méchants du film, incluez une
police légèrement dépassée par les
évènements mais dont les meilleurs éléments
sont néanmoins tenaces et talentueux, et enfin rajoutez en une
couche avec une histoire de rapt qui permettra à tout ce petit
monde de se rencontrer régulièrement, et vous obtenez le
fil conducteur du film.
Un film à l’atmosphère sombre
Les petites ficelles de l’intrigue maintenant. Le héros de
l’histoire est un détective plutôt mou qui a des
difficultés pour sortir du lit le matin. Un matin justement, le
chef de la police le réveille et lui file un rencard dans un
café. Il veut lui confier une mission, mais le héros n’en
a rien à foutre. Il est comme ça le héros, il aime
pas quand on le tire du lit pour lui donner du travail.
En fait, le héros, il préfère travailler en
freelance avec son frère, un insupportable magouilleur, qui
rabat la clientèle pour lui. Oui parce que le héros n’a
pas non plus envie de se casser le tronc à trouver des clients,
il faut que son frangin le fasse à sa place. Mais aussi
mollasson qu’il paraisse, le héros est un adepte de la
manière forte qui sait vachement bien se battre. C’est de cette
manière qu’il convainc un banquier malhonnête de
rembourser l’argent que des péquins leur avaient
prêté.
Comme quoi le héros et son frère sont des types bien,
même s’il faut les payer cher avant qu’ils ne remplissent leurs
missions.
Un film à l’atmosphère très sombre, voire
glauque
Ensuite, il y a les gangs qui se livrent une guerre sans
merci. Enfin, on voit surtout le gang des Tigres Jaunes, composé
de six membres, qui sont toujours ensembles, unis comme les six doigts
de la main. Des gens haut placés et corrompus leur donnent des
contrats, et comme le chef des Tigres Jaunes est malin, il s’arrange
toujours pour obtenir des récompenses importantes. Et comme il
est très fort, il remplit toujours ses contrats. Mais c’est
toujours quand les Tigres Jaunes sont contents d’avoir gagné
plein de sous et de pouvoir que le chef de la police fait son
apparition, boit son café avec eux et les harcèle
psychologiquement en leur jurant qu’un jour il aura des preuves pour
les arrêter.
Le clan des Tigres Jaunes au grand complet dans l’ancêtre du
Fiat Multipla
Retournons maintenant voir le héros. Son frère a
trouvé une cliente dont la sœur a disparu depuis plusieurs mois,
et qui la recherche désespérément. Mais le
héros refuse l’offre parce qu’il a d’autres choses à
faire, comme réparer sa voiture qui va bientôt rendre
l’âme. Puis le gentil détective va prendre l’air et tombe
sur les Tigres Jaunes et le banquier qu’il a menacé
dernièrement. On apprend que le héros et le chef des
Tigres Jaunes s’entendaient bien, mais qu’à cause de cette
histoire de banquier leur amitié ne tient plus. C’est moche
l’argent, ça détruit plein d’amitiés.
Un film noir, sans concessions, et où tous les coups sont
permis
Surtout que le héros a un super problème : son
frère a décidé d’aider seul la femme qui recherche
sa sœur. Mais cette sœur est retenue par le gang adversaire des Tigres
Jaunes, donc ça sent la baston. Et comme son frère est
aussi irritant que mauvais niveau bagarre, il court un grave danger. Le
héros va demander le soutien du chef des Tigres Jaunes, avec qui
il s’entendait bien avant que cette histoire de banquier ne mette leur
amitié à rude épreuve. Il devra user de toute sa
diplomatie pour convaincre son interlocuteur…
Le héros et le chef des Tigre Jaunes en passe de se
réconcilier
Une fois obtenue l’aide des Tigres Jaunes, le héros va
retrouver son frère… à l’infirmerie, enroulé dans
des bandages. Il s’est fait tabasser par des méchants
patibulaires dans un bar. Le sang du héros ne fait qu’un tour et
il décide de se venger illico presto. Il s’enferme dans le
bistrot avec son frère et la femme qui les suit désormais
et, pour attirer l’attention des méchants et les impressionner,
va jusqu’à jeter un téléphone contre une table.
Zut à la fin, il n’est pas content du tout !
De l’intimidation !
Ces vilains vaincus lui révèleront un autre repaire
servant aux méchants, où le héros aura l’occasion
d’user d’autres stratagèmes persuasifs…
De la persuasion !
Qui lui serviront au final à trouver le repaire principal
des méchants, un entrepôt désaffecté dans la
banlieue. Les Tigres Jaunes se joindront à lui pour la lutte
finale qui se révèlera être aussi
poussiéreuse que bordélique.
Les Tigres Jaunes ont repéré le point faible de
l’antre des méchants : un mur de briques en carton
De la baston en intérieur !
De la baston en extérieur !
Là on ne comprend vraiment plus rien
Mais les protagonistes ont alors la bonne idée de se ranger
suivant leurs gangs respectifs
Et à la fin, les gentils gagnent, la femme retrouve sa sœur,
et les malfrats vont tous en prison. Enfin on sait pas si les membres
des gangs vont en prison, mais on doit le supposer.
Ah tiens, c’est déjà fini
Des personnages hors du commun
Cette fabuleuse histoire de gentil tout mou, de gentil
insupportable, de potiche, et de chef de gang méchant mais qui
s’entend bien avec le gentil tout mou, ne serait rien si elle
n’était pas servie par un casting de rêve. Leur lutte pour
le charisme est sans merci. Revue de détail.
Le héros
Le héros est un type tout mou dont
l’expression du visage reste
la plupart du temps bloquée sur impassible. Mais
à la manière de David Banner, il est capable de se
dépasser durant les combats et de devenir un super redresseur de
torts (évitons tout de même de l’appeler Super Mou, c’est
ridicule). Parfois, ses traits s’animent, mais ces instants sont rares
et il faut en profiter.
"Je peux même me cacher derrière mon volant et
devenir furtif"
Son style lui confère une vague ressemblance avec
l’Inspecteur Columbo, d’autant plus qu’il possède aussi une
voiture fatiguée.
La Columbo’s touch
Le frère du héros et la femme
Face au héros dont la sobriété du jeu
s’accorde à merveille avec le tempérament du personnage
qu’il incarne, il est normal de trouver un frère
qui est exactement son contraire (comprenez qu’il braille sans
arrêt et raconte des blagues pas drôles), ainsi qu'une
femme pour qui le héros ne ressent aucun sentiment (ça
change agréablement des blockbusters américains dans
lesquels le héros fait toujours du sesque avec la gentille
à la fin du film, parfois même au milieu du film s’il est
très beau et très riche).
Les trois gentils protagonistes rassemblés (c’est le
frère du héros qui est emballé dans du Velpeau).
Une bien belle équipe !
Le chef des Tigres Jaunes
C’est un personnage très puissant pendant les combats. Il
voudrait devenir le plus grand criminel de la ville mais il sait que le
chef de la police le surveille, et ça l’embête parce qu’il
a juré depuis sa plus tendre enfance de nuire autant que
possible au travail des autorités. Pour asseoir son aura sur ses
troupes, il s’habille de façon classe ce qui augmente encore son
charisme. Même qu’à un moment on voit ses fesses.
T’as vu la classe que j’ai ? 100% coton ! T’es jaloux hein ?
Le chef de la police
Le personnage le plus énigmatique du film. Il remporte haut
la main le Premier Prix Droopy devant le héros. On le
voit rarement mais ses interventions sont toujours subtiles et
raffinées. Sa capacité spéciale lui permet de se
téléporter là où se trouvent les
méchants : dans les bars, au bord d’une rivière, ou dans
un entrepôt désaffecté. Dommage qu’il s’en serve si
rarement pour les prendre sur le fait, car cela lui permettrait de
capturer les vilains plus facilement.
Le fils spirituel de l’inspecteur Derrick, à droite
Le chef de l’autre gang
On ne le voit qu’à la fin du film, mais il possède
une certaine prestance, sans doute parce qu’il ressemble à Elvis
Presley en fin de carrière.
Yeah
"ÇA"
Parce qu’il faut bien en parler, il reste "ça" ? C’est quoi
"ça" ? Eh bien il s’agit de la partie du film qui fait
apparaître des acteurs non asiatiques. Pas seulement les petits
malfrats que le héros a l’occasion de taper durant son aventure,
mais d’environ 4-5 minutes de film à tout casser où ces
acteurs se mettent des gnons. On ne les voit pas du tout en compagnie
du héros, ou d’un gang, ou de l’inspecteur, alors de là
à dire que ces parties ont été tournées
à part puis intégrées au film… Toujours est-il que
ces apparitions, aussi limitées qu’elles soient, apportent un
souffle nouveau à l’intrigue. Dommage que le film démarre
avec une scène mettant en jeu ces acteurs, ça casse la
dynamique du reste de l’œuvre. Et surtout, il ne s’agit que de bagarre
alors que l’on voit très bien que ces acteurs n’ont aucune
notion en kung-fu ! Un casting de choix et des images qui pourraient
parler d’elles mêmes si elles avaient la parole !
Un roux à moustache menaçant
Mais qui se cache derrière ces lunettes ?
Oh, Incroyable !
Dominique Farrugia !
Même pas peur !
De la touffe en folie !
Du matériel de qualité
"Moi aussi j’ai la classe, quand je fais péter les
lunettes !"
Une baston d’écoliers
Conclusion
C’est encore la jaquette qui résume le mieux L’Exectuteur
défie l’Empire du Kung-Fu :
"Un film RARE et ETONNANT, mêlant ACTION, SUSPENSE et
VIOLENCE, dans la plus pure tradition des films de JOHN WOO"
Quoi que le message le plus réaliste présent sur la
boîte est encore celui ci :
"Public averti"
MerdiKator